Emmanuel Delmas, Sommelier Consultant, Paris

 

 

Le vin, nous sommes nombreux à l'apprécier, mais combien d'entre nous peuvent vraiment se targuer d'être des connaisseurs ? La connaissance du vin nécessite un long apprentissage, certes jalonné de plaisir, mais ô combien exigeant : il demande non seulement d'affûter tous ses sens pour pouvoir capter toutes les subtilités du produit, mais aussi d'acquérir un certain nombre de connaissances fondamentales afin de mieux comprendre comment le vin est devenu ce qu'il est. Après le cépage, éclairage sur la notion de terroir.



Le rôle du sol dans l'élaboration du vin

 


Il faut bien comprendre que le vin doit à la fois retranscrire la typicité de son cépage, son climat et le message de son sol. Le tout propulsé par la main de l'homme.

Le sol représente le lit nourricier en quelque sorte. A travers lui, le pied de vigne va évoluer et les raisins restituer sa typicité. Il existe des sols drainants, d'autres moins, des sols complexes. Crayeux, argileux, marneux, calcaires... chaque sol apportant aux vins leur empreinte particulière selon qu'il évolue sous un climat donné.

La minéralité (le rapport au sol) offre aux vins une grande élégance. Quand il y a un grand terroir, il y a forcément finesse.


Et le climat ? De quelle manière intervient-il ?

 

Le climat nourrit le terroir, le terroir façonne les vins. Le terroir est l'adéquation entre le sol et le climat.
C'est ce climat en association avec un sol particulier (incluant la topographie, la géologie, l'humidité...) qui, avec le temps, des millions d'années en fait, a su créer la notion de terroir, propre à notre pays.
On ne peut pas dire qu'il y a pour un sol donné un climat absolu... c'est toute la complexité du vin. En revanche, on sait que tel cépage convient sur tel sol. Le climat variant chaque année, il existe des différences notables d'un millésime a l'autre.

C'est ce qui fait toute la complexité et le charme du vin. Le climat imprime aux pieds de vigne la bonne marche concernant le cycle végétatif de la vigne.


L'adaptation de cépages à certains climats



Nous serions tentés de l'affirmer. Cependant, il serait injuste de le faire, dans la mesure où un cépage peut reproduire une merveilleuse identité sous un climat réputé compliqué pour l'élaboration du vin.


Exemples de cépages et sols bien complémentaires

Le cépage sauvignon par exemple, se plaît sur des sols calcaires. Ainsi naissent le Sancerre et le Pouilly fumé. Des vins emplis de vivacité et de fruité. Le sol calcaire leur offre une minéralité denoncée par un nez fumé, de pierre à fusil, de silex et des silhouettes droites et tendues, pleines de mordant en bouche.

Le cépage merlot dans la rive droite bordelaise et son sol argileux calcaire, engendrent sur Pomerol et Saint-Emilion des vins emplis de rondeur et d'élégance, dénoncées cette fois-ci par des notes aromatiques fumées sur le graphite ou la mine de crayon, et des profils plus charnus en bouche.

Le cépage chardonnay de Chablis sur des sols crayeux se reposant sur des couches sédimentaires révèlent des vins légèrement salins, aux notes de coquillages et légèrement marines.

Plus loin de nous, le cépage assyrtiko sur l'ile de Santorin, en Grèce s'accommode à merveille d'un sol volcanique qui relaie des messages volcaniques, de lave d'une belle minéralité.

Tous ces exemples permettent de mieux comprendre la corrélation entre un cépage et son sol nourricier.


Quid des autres facteurs influencables ? Vigne, entretien, maladies, état du raisin, dates des vendanges ?


N'oublions jamais que si un sol et un climat se combinent à merveille, ils ne sont jamais aussi bien propulsés que lorsqu'un vigneron soucieux de les accompagner opère.Ce sont les générations passées, qui ont permis la plantation d'un cépage bien défini, sur ce sol lui-même complémentaire de ce cépage.

C'est encore le vigneron qui prendra les meilleures décisions, en termes de vendanges, de conduite des vignes et d'élevage.
On peut donc dire que le vigneron est vraiment le chef d'orchestre qui imprime sa patte au vin qu'il engendrera.



Emmanuel Delmas

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Ven 24 jui 2009 8 commentaires
Coïncidence, nos courriers se sont croisés. Je viens de prendre connaissance de votre description du terroir - une très bonne approche pour vos lecteurs.
Terroir - climat (en Bourgogne) - microclimat... voilà des termes qui se comprennent mieux en dégustant des vins de cépages peu aromatiques. En Suisse que vous connaissez bien le terroir se découvre facilement dans les Chasselas.
En somme, le "terroir" et la "finesse particulière" présentent une analogie dans un vin.
Philippe MARGOT - le 07/07/2008 à 10h15
Bonjour Philippe,

Ah, la Suisse ! Quels terroirs, aussi...merci pour ces exemples et ce bonjour de la Suisse !
Emmanuel DELMAS
Un très joli résumé, très bien écrit comme d'habitude! L'orientation, la pente d'une parcelle et surtout le fait que son sol et sous-sol ne soient pas uniforment sont également autant d'éléments qui ont un impact surprenant sur les qualités organoleptiques d'un vin.
Tartine Jeanne - le 07/07/2008 à 10h15
Bonjour Jeanne,

Effectivement, tant de paramètres jouent un rôle important. L'orientation, la pente, les couloirs venteux...jouant sur la vitesse de maturation des raisins.
Merci pour le complément d'éclairage.


Emmanuel DELMAS
Merci !
Sylvain Delenclos - le 25/07/2009 à 01h21

Belle remarque ! un peu comme la sagesse ; il y a toujours quelqu'un pour apporter un peu plus !

jean-pierre et danielle - le 25/07/2009 à 14h27
Emmanuel,

Nous revenons d'une soirée grandiose à Yquem !

quelques photos sur notre blog ! je n'ai pas encore trouvé les mots pour les accompagner !

http://beauvert.over-blog.com/article-34216839.html
jean-pierre et danielle - le 25/07/2009 à 14h30
Ah, quelle chance ! Merci pour le retour et le lien...
Emmanuel DELMAS
Bonjour Emmanuel,
Un vigneron peut transmettre beaucoup de lyrisme et de poésie dans vin, même le plus simple. Amis Suisses, venez donc faire un tour au pays de Savoie : vous comprendrez sûrement ce que je veux dire !
pferrand - le 27/07/2009 à 16h13
J'aurais ajouté 2 notions fondamentales : le savoir-faire du vigneron. Transmis depuis des générations, il sous-entend un rapport à la vigne et à l'élaboration du vin qui sera différent selon les régions. A ce savoir-faire est lié, par extension, la culture du pays (pays, au sens local du terme), ses traditions, ses us et coutumes. Ce qui est drôle aujourd'hui, c'est de rencontrer des vignerons dont les enfants ont fait des séjours dans le Nouveau Monde, et arrivent avec des méthodes toutes nouvelles ! Le terroir s'internationalise, de fait !
Fabrice (VinSurVin) - le 13/08/2009 à 20h53

Tu as bien raison, Fab. Mais les plus grands terroirs, ceux révélés par le temps, les usages, les climats bien sûr, et les hommes, sont issus des plus vieux territoires, qui furent cultivés par ces mêmes hommes, soucieux d'offrir le meilleur. Le terroir et l'homme ne font plus qu'un...

L'Europe reste, à mon sens, le territoire des vrais terroirs, originels. La France, mais n'oublions surtout pas le Portugal, l'Italie, la Suisse, l'Allemagne, l'Autriche, et que dire de la Grèce ? Même en Israel, on retrouve de sublimes terroirs...

L'Amérique du Sud, n' a pas encore de "terroirs" révélés, mais l'homme,  arrivera peut-être à s'adapter, et à trouver des "terrains" propices, selon des micro-climats, des hauteurs, et des vents...

J'arrête là...,'() On pourrait en parler tellement longtemps...merci pour ta participation, Fabrice.

Emmanuel DELMAS
Bonjour et bravo pour ton site, ami sommelier. Belle synthèse sur la définition de t(erroir. Pour celui-ci, je rajouterai "mosaïque" pour les terrains, les situations, le climat (expositions), les hommes...Salutations.
PS:la vidéo de Pibarnon n'est pas accessible.
reano Michael - le 13/12/2009 à 13h02