Jeudi 20 mars 2008
Mardi 17 janvier 2006



TUTUKA
Western Cape, Afrique du Sud.

Syrah 2002




Rarement, pour ainsi dire jamais je n'ai eu l'occasion de déguster un tel vin....




HISTOIRE


Lawrence BUTHELEZI,  n'aurait sans doute jamais imaginé  produire un jour, son propre vin.

L'abolition de l'apartheid l'aida grandement.

Sa rencontre avec Jean Vincent RIDON, vigneron français fut déterminante. Partageant la même cave, il lui apprend les rudiments du métier de vigneron. Un passage en Bourgogne, lui permet de peaufiner son savoir.

Ainsi, Lawrence, produisit son 1er millésime, en 2002. Sur l'étiquette de ce vin, on peut y lire TUTUKA, désignant  Progrès. Juste en dessous sied un guerrier Zoulou.

Voici, rapidement, en quelques mots l'histoire de ce vin hors normes.


DEGUSTATION

 

La robe se montre très foncée, d'une couleur profonde, on imagine une certaine concentration. Les reflets se montrent grenats, le vin semble suivre une 1 ère évolution.

Le 1er nez est très plaisant, à mon sens. Surtout exubérant, intense, il dévoile des arômes très animaux.

A l'aération, le vin développe des arômes encore plus persistants, et intenses. Les pointes animales semblent plus féroces. Ainsi, sans pour autant vouloir choquer, le nez me rappelle la sueur de cheval, l'écurie. C'est impressionnant et remarquable. Le cuir, la peau de bête prennent le relais, dominateurs effluves. L'aération permet de laisser ensuite place à un nez de fruits noirs, bien confiturés.

Je tiens à préciser, que ce nez animal, bestial, est le signe d'un vin très opulent, puissant. On peut d'ailleurs les retrouver sur certains vins de Bandol, issus du cépage Mourvèdre. En conclusion, rien de choquant, même si à la lecture de cette note, je puisse comprendre que cela fasse peur.

 

L'attaque en bouche, est franche, suave, et rond, le vin propose des saveurs rappellant bien le nez, à savoir, notes animales, féroces, mêlé aux fruits écrasés, bien mûrs. (mûres, griottes). La finale est tout aussi intense, transcendée par un support tannique persistant, et fourré. La finale est longue, très longue.

Le vin bombe le torse, se montre très riche, concentré, atypique, de par ses notes féroces, je lui trouve un caractère incroyable, une personnalité à nul autre pareil.

Je n'ai pas souvenir d'avoir dégusté un tel vin, aussi dense, animal. Même un château MUSAR du Liban ne se montre pas aussi virulent à ce niveau. Pourtant, le cabernet sauvignon, cinsault, et syrah de HOCHAR se montre particulièrement impressionnant. Même sur Bandol, je n'ai pas approché une telle ossature.

 

En conclusion, voici un 1er millésime, détonnant. Impressionnant de puissance, de suavité, et de densité, ce vin est atypique, empreint d'une véritable personnalité, ces notes animales, féroces, et persistantes peuvent apeurer à la lecture, pourtant, équilibré, et en harmonie, il ne laissera personne indifférent.

Félicitations à Lawrence, et remerciements tout particuliers à Marie Claude, de m'avoir donné l'occasion de déguster ce vin, très confidentiel. 500 bouteilles furent produites pour ce 1er millésime. 2 500 pourraient voir le jour, sur 2003.

 

ACCORDS

L'opulence si nette, la densité de ce vin, et ses notes bestiales, lui permettent de s'accompagner aisément d'un plat de viande en sauce, riche et concentrée. Ainsi, une daube, un boeuf bourguignon, ou une grouse écossaise se montront fort conciliants.

Pierre MARCHESSEAU, grand chef réputé, propose sur son site de recettes, une daube de sanglier.

La force de cette viande, alliée à la douceur du mets, mérite amplement sa place aux côtés de vin hors normes, et énorme, qu'est TUTUKA.

Les épices sauront converser aux notes bestiales du mets, le dialogue risque de durer en bouche, la symphonie persistera et je suis certain que tout cela ne finira pas en cacophonie.

 

Emmanuel DELMAS

Jeudi 12 janvier 2006





Comme promis, après une présentation de Jean Daniel et Valérye le mois dernier,au Domaine les Loges de la Folie, à Montlouis, voici la suite de leurs aventures, et surtout l'état d'esprit qui les anime.



Au domaine Jean-Daniel s'occupe plus particulièrement de la production. La viticulture biologique demande un suivi et une observation préventive rigoureuse: l'herbe qui pousse, les éventuelles maladies...


Encore faut-il jongler entre le temps qui passe forcément trop vite, les pannes de tracteurs, les caprices de la météo et ceux de la vigne.





Jean Daniel a une préférence pour la taille, pratiquée de janvier à mars.
C'est elle qui détermine la récolte à venir mais aussi la pérennité des ceps. Les vignes sont plutôt âgées, il faut leur redonner une forme, une densité. Il y un côté esthétique et artistique dans la taille et c'est d'elle dont dépendent aussi beaucoup des travaux à venir, au printemps comme en été.


Valérye gère la prospection et la gestion administrative et commerciale. Produire aujourd'hui devient bien plus simple que vendre. D'autant qu'un jeune domaine, créé de toute pièce, n'a pas d'histoire, pas d'antériorité familiale. Il faut se faire connaître et emprunter les sentiers tentaculaires et obligés qui conduisent à la vente dans un monde viticole qui n'est pas avare de paradoxes, coincé entre tradition et modernité.




Alors pour s'aérer et sortir du bureau rien de tel que de descendre en cave. C'est elle qui suit pour partie la vinification et l'élevage.

 Là encore, la jeunesse est demandeuse d'expérience, de sensations et d'émotions au contact du jus qui se transforme en vin et évolue doucement. Il faut trouver sa voie, une familiarité avec le miracle qui se produit en cave.


Laisser tomber les manuels et les cours d'œnologie et se forger son intime conviction. Qui sera un appui pour la récolte à venir, et une certitude à remettre en jeu.
 Etre vigneron et vouloir produire des vins authentiques, uniquement issus du jus de la vigne, c'est avant tout aimer l'inconfort de l'aventure. Pas de chaptalisation signifie récolter forcément mûr et se plier à ce que donne la nature. Pas d'enzyme, pas de levure contraint à une récolte la plus belle qui soit car la chimie ne sera pas là pour corriger les défauts, arrondir les angles, aromatiser un manque. La barre est placée haut d'entrée de jeu. Avec son corollaire d'angoisses et de questionnements.



Et pour se détacher des chiffres, des budgets prévisionnels, des
déclarations récapitulatives mensuelles, des factures, rien de tel aussi que de travailler quelques heures dans la vigne.










Le ciel lave un peu la tête et les ceps redonnent de l'énergie. Car la vigne est une plante généreuse, tant dans son fruit que dans son contact. Et même si le travail est répétitif, laborieux, usant pour le dos, il y a là quelque chose de fortifiant et d'incomparable. Prendre le temps de lever le nez pour saisir la forme et la couleur d'un nuage, voir une biche ou un faisan qui passe ou encore une coccinelle disputant sa place à une araignée.





Etre vigneron, c'est aussi être un peu troubadour : sur les routes clamer la vérité et le sens de son vin, de dégustations en salons, de cavistes en restaurateurs, enfiler les kilomètres de ville en ville…C'est rencontrer des professionnels attristés par la conjoncture mais toujours plein d'espoir, des clients toujours plus curieux et connaisseurs, des copains vignerons qui fleurent bons d'autres terroirs de France avec qui partager un bon verre, un bout de fromage et de saucisson.



En somme, voici la vie qui rythme le quotidien de ce couple de
vignerons amoureux de leur terre et de leurs idéaux.


Notes de dégustation de leur 1er millésime.





par Emmanuel DELMAS publié dans : Portraits de vignerons
Samedi 17 décembre 2005

 

Naissance d'une passion, ou comment abnégation et courage font naître un domaine. 

 

                   Jean Daniel kLOECKLE et Valérye MORDELET 

 

Dom. Les Loges de la Folie
Valérye Mordelet & Jean-Daniel Kloecklé
21 Rue des Rocheroux - Husseau
37270 MONTLOUIS SUR LOIRE
Tel./Fax : (+33) 02 47 45 18 30 - Port. : 06 60 88 55 26

 

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Dégustation des cuvées en barriques en vidéo
(3 minutes)



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Présentation du domaine vidéo
(3 minutes)



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Taille de la vigne vidéo
(1 minute 30)



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Présentation cuvée Sucre d'Ange 2005 vidéo
(2 minutes)






Valérye,
plutôt littéraire et artiste, après avoir vainement cherché un poste fixe et une structure solide dans le secteur culturel, a eu le désir de changer d'air et de quitter la capitale.


Sa passion pour les arts vivants et la littérature orale l'amène dans une petite ville du Loir et Cher, où existe une compagnie qui travaille autour du conte.

Malheureusement, après maintes péripéties, cet emploi s'avère encore une fois éphémère. Ayant désormais du temps devant elle, et le souhait de changer d'orientation, Valérye fait la rencontre d'un étudiant du Centre de Formation Professionnelle pour Adultes de Beaune, en Bourgogne.

Canadien, ayant été chef cuisinier là-bas pendant quinze ans, il a décidé de se reconvertir dans le milieu viticole. Valérye découvre alors l'univers de la vigne et du vin, au gré de leurs week-ends œnologiques.

 

 

  

C'est alors une véritable révélation, la naissance d'une passion au contact de vignerons dont le langage, la poésie démontrent leur attachement profond à un métier difficile et exigeant.Valérye sait désormais quelle sera sa voie. Commence alors un apprentissage difficile, la découverte du travail physique aux vignes, et celui tout aussi prenant en cave. 

 

Les premières vendanges, une formation à la taille de la vigne et puis finalement, toujours décidée à suivre ce chemin, elle s'inscrit à Beaune pour suivre la formation de BTS Viticulture Œnologie. Entre cours de chimie et de maths – pas évident pour une littéraire…-, le travail en apprentissage, les examens à préparer, les cuves, les pompes, les tonneaux, la taille, l'accolage, le rognage, le froid, le très chaud, le très froid, la pluie…

Ce n'est pas rose tous les jours, surtout quand on a toujours travaillé dans un bureau !

Et pourtant ces expériences sont un enrichissement permanent : le contact avec la vigne, la découverte de la viticulture biologique et biodynamique, les sensations et les émotions ressenties en cave devant ce miracle toujours renouvelé du jus de raisin transformé en vin, les joies de la dégustation dans une région qui l'enchante. Valérye mène une vie monacale, concentrée sur son objectif et décroche finalement son diplôme.

  

Sur les bancs de l'école, elle fait la rencontre de Jean-Daniel, qui est devenu son mari il y a un an. Lui, dix ans de moins qu'elle, vient du secteur de l'agro-alimentaire. Blasé par le tout chimique, le tout synthétique, il aspire à une cuisine vivante et…au bon vin… 

A l'issue du BTS, la galère commence pourtant pour ce couple. La Bourgogne entre dans la crise viticole et les embauches se font rares. Petits CDD mal payés pour Jean-Daniel qui va de caves coop en maisons de négoce en passant par la prestation de services. Idem pour Valérye qui aimerait trouver un emploi alliant commercial, administratif et production.

 

 

 

Valérye commence alors une formation de neuf mois d'Assistante Export dans le secteur viticole. Mais la situation économique se détériore, les postes techniques se maintiennent dans les domaines mais dans les bureaux, l'embauche n'est pas au rendez-vous.

Elle et quelques unes de ses collègues de formation restent sur le carreau. Jean-Daniel s'ennuie, Valérye déprime. Va-t-il falloir quitter la Bourgogne ? Ils entament une recherche d'emploi dans d'autres régions viticoles.

C'est alors qu'une idée saugrenue fait son chemin dans leurs petites têtes…. Chômage
pour lui - CDD fini - , chômage pour elle.

 

  

Les temps sont durs, le doute et le découragement guettent, alors ils ont pris leur bâton de pèlerin, à la recherche d'un boulôt, mais pas seulement…Commence alors une épopée sur les routes de France.

A la recherche d'un coin de terre, d'un bout de cave.

Leur rêve ?
 

 

 Devenir vignerons, et vendre le vin tel qu'ils le conçoivent, celui qu'ils ont envie de faire et de boire, déguster le fruit de leur travail, de leur passion. Tout le monde les regarde comme des fous. Pas un sou en poche, mais des projets plein la tête. Ils y croient.


L'éloge de la folie.

 

 

Des rencontres, des hommes, des projets, des échecs, des kilomètres en voiture, des vignes parcourues dans le Languedoc, le Jura, le Beaujolais, en Lozère…et finalement, Montlouis sur Loire, dans le Val de Loire.

Malgré une installation à rebondissements, une mise en place plus que difficile, ils ont réussi à surmonter les obstacles : leur domaine, Les Loges de la Folie, est né.

  

Valérye et Jean Daniel ont tout créé, sont partis de rien. Et ils sont heureux d'exploiter sept hectares de vignes, qui présentent un gros travail de remise en état – taille, palissage, travail du sol - cultivées avant leur installation en viticulture biologique (depuis huit ans).

La première récolte, en 2004, ne fut pas des plus simples non plus : trois semaines où la pluie s'est jouée de leurs nerfs et a fait naître bien des angoisses. Il a fallu aller vite, trier sévèrement pour obtenir une récolte de bonne qualité mais avec une gamme restreinte par rapport à ce qui se fait habituellement en Montlouis (pas de Demi-Sec ni de Moelleux).

Heureusement, 2005 leur a réchauffé le coeur. Des vendanges de rêve sous le soleil, des raisins beaux et équilibrés, et pour finir, même une récolte de grains nobles qui donneront des liquoreux. Mais pour eux, le plus dur reste encore à faire...

 

Suivra la présentation de leurs vignes, et la dégustation de leur vin juste après les fêtes.


  

Emmanuel DELMAS

 

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