ANECDOTE: 'LA VRILLE'

Publié le par Emmanuel DELMAS

 

IPA-11150.jpg 

LA VRILLE

 

 

En 15 ans de carrière de sommelier en restaurant, j'ai forcément en tête plein d'anecdotes. Pourtant, elles ne me viennent pas spontanément. C'est bien dommage. Mais celle-ci reste bien ancrée dans ma mémoire. 


Année 2000: Restaurant Macéo, Paris

 

Une fois rentré d'Angleterre, en 2000, et juste avant d'intégrer l'équipe du restaurant Alain Ducasse au Plaza Athénée, j'ai officié plusieurs mois au Macéo, chez Mark Williamson, anglais fou de vin de son état. Les horaires furent relativement difficiles et le travail plutôt intense, mais l'équipe de salle fort joyeuse et disons-le, animée. Nous étions 2 sommeliers, moi-même et un nouveau qui portait le même prénom que moi. En salle, Francine, désormais professeur d'une classe de futurs sommeliers dans une école parisienne, avait de belles notions de sommellerie. Punchy, avouons qu'on rigolait pas mal, malgré le travail. Elle était responsable de salle avec Frédéric, que je viens tout juste de revoir par le plus grand des hasards, tout récemment. 

 

Alors, voilà...ce soir-là, mon acolyte qui portait le même prénom que moi s'occupait d'une partie de la salle, remplie ce soir-là, comme bien souvent, et moi-même de l'autre. La carte des vins était fort éclectique, aussi bien articulée autour de vins français qu'étrangers, avec près de 350 vins du monde entier. En anglais qu'il est, Mark avait quelques réseaux afin de faire venir ici des vins étrangers de belle facture. Et je ne me gênais jamais pour en proposer aux clients, souvent à l'aveugle d'ailleurs.

 

EMMANUEL, DEVIENT 'LA VRILLE'


sommelier-300x200

 

Mon acolyte donc...Emmanuel. Il était assez fantastique! Sans le vouloir je pense, il nous amusait, par son allure déjà. Il avait une drôle d'allure, difficile à décrire pour tout dire. Il semblait toujours fatigué.En fait, il était toujours fatigué. Il faut dire que le restaurant se trouve dans le 2è, près d'Opéra, rue des Petits Champs, face à la galerie Vivienne. 

 

QUELLE TETE EN L'AIR CETTE 'VRILLE'


pt15831.jpg

 

Mais Emmanuel vivait à l'autre bout du monde, dans la lointaine banlieue, et n'avait pas de voiture. Lorsqu'il finissait tard, et cela arrivait souvent, il devait prendre son RER, mais j'imagine qu'il le ratait souvent, alors quant à savoir où il dormait...on se le demandait tous. Quoiqu'il en soit, il avait une drôle d'allure, mais nous, notre Manu, on l'aimait bien! Il nous faisait rire. Il avait quelques années de plus que moi...et ça se voyait quand même un peu. Moi je l'aimais bien Manu. Il courait un peu dans tous les sens, mais ça, c'est quand il était vraiment dans le jus. En fait, il courait pas beaucoup le Manu. Il semblait parfois un peu perdu. Il était en réalité souvent dans la lune. Quand il réfléchissait, il s'arrêtait net et regardait à terre, de sorte qu'il ne donnait pas l'impression de trop réfléchir. Il était dans la lune. 

 

LA "VRILLE", ON L'AIMAIT TOUS!    

 

Certes, il était d'une aide précieuse, car quand le restaurant était plein, il fallait courir presque pour 2. Je me souviens pas vraiment du nombre de fois que Francine a pu s'énerver sur notre pauvre Manu, mais cela arrivait bien souvent. Le pauvre...il en prenait pas mal dans la tête, mais là encore, il semblait toujours dans la lune. Il était vraiment très gentil Manu. A force d'être dans la lune, et de nous faire rire, malgré ses petites erreurs en salle, car ça, il en faisait quand même pas mal...on l'aimait tous bien. Moi, quand il était pas là, en congé, je m'ennuyais ferme. Mine de rien, le Manu il nous manquait à tous quand il était pas là. 

 

Dans la lune, il faisait donc des erreurs parfois, oubliait souvent des commandes, s'emmêlait les pinceaux. Il partait un peu 'en vrille'. Et de fil en aiguille, Manu, on l'appelait 'la vrille'. Voilà, 'la vrille', c'est lui ! On avait aussi 2 apprentis en salle, des djeuns, blacks, très sympas, et pour le coup efficaces et bosseurs, qui adoraient rire. Alors forcément, avec 'la vrille', ils s'en donnaient à coeur joie!

 

ET UN SOIR...

 

Oups, ze crois que z ai fait une bêtise...

 

Je me souviens d'un soir, où Francine devait s'occuper d'une table importante. Il ne fallait pas la rater, car ces clients étaient de 'la haute', bon, moi 'la haute'...Je m'en suis occupé avec Francine, mais à la fin du service je m'étais éclipsé pour faire des verres, et je suis parti après une grosse journée. 

Le lendemain, je reviens, et je demande des nouvelles de cette table si importante. Et là, Francine, fut dépitée...mais en même temps...elle a beaucoup ri en me racontant l'histoire. 'La vrille' avait pris le relais, et les clients, pour le dessert avait demandé du rhum. Pour accompagner le dessert. Francine demande donc à 'la vrille' d'aller chercher un verre de rhum. Bien occupée, Francine quitte la table...quelques minutes plus tard, elle voit 'la vrille' servir une grosse bouteille pas très propre à la fameuse table. Elle s'approche, et toute dépitée constate que c'était la bouteille de rhum d' 1 litre du Chef, sale et moche, spécialement dédiée à la cuisine...! Il fallait voir la bouteille ! Quelle drôle d'idée il avait encore eu là, notre 'vrille' ! Franchement ça craignait pas mal...! Bref, il s'en est pris plein la tête encore, mais lui, il faisait semblant d'écouter, et restait dans la lune, le connaissant. Ce qui avait le don d' énerver davantage Francine, plutôt très impulsive. Jusque là, bon, bah notre 'Vrille ' nationale restait lui même. Pourtant Francine était entrain de bouillir.

 

Quelques heures plus tard, le lendemain matin...

 

La porte s'ouvre, et là, on voit arriver, la tête un peu enfarinée de 'la vrille', et forcément...nous rigolons tous, en hurlant 'LA VRIIIIIIILLE' ! Et cela, chaque matin, dès qu'il ouvrait la porte, ce furent toujours des 'LA VRIIIIIIIILE' qui l'accompagnait! Et nos chers apprentis eux, l'adorait ! Comme quoi, 'la vrille' a toujours marqué les esprits, et nous, notre manu, on l'aimait vraiment bien. Pour info, j'ai croisé 'la vrille' chez un ami restaurateur, dans le 5è, près de Saint Michel-Odéon, au 'Coupe-Chou'. Bon, mon pote m'avouait quand même que Manu était toujours un peu tête en l'air, mais qu'est ce qu'il est sympa...bon, mais très tête en l'air, toujours dans la lune, insista t'il. 'La vrille' il est parti depuis. 

 

Et je l'ai recroisé depuis, pas loin d'un de mes repaires, à la Gaité-Montparnasse. Derrière le Petit Sommelier et à côté du Bistro de l'Echanson. On a bien rigolé en mémoire de nos nombreux souvenirs, il semble toujours autant tête en l'air, mais ,ça, c'est ce qui le rend attachant. La 'Vrille', je ne suis pas prêt de l'oublier, mais je pense vraiment ne pas être le seul...

 

Pour celles et ceux intéressés, je peux vous donner le lieu où vous pourrez le croiser...vous lui passerez le bonjour de ma part et vous constaterez à quel point il est sympa, et surtout attachant.

 

 

 

Emmanuel Delmas

 

newsletterLOGO.gif 

 

 inscription gratuite

 

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

Publié dans Anecdotes, Sommeliers, DIVERS

Commenter cet article

Joelle 20/10/2013 23:26


Bien sympa à lire! 

Jean Félix 18/10/2013 10:34


 


Attention de ne pas partir en "Vrille" ;-))

Emmanuel Delmas 18/10/2013 10:33


Elles sont toutes sympas mes histoires! ,-) 

Jean Félix 18/10/2013 10:30


 


Sympa cette histoire ! 

Patricia Moisan 18/10/2013 09:15


 


Heureusement que cela finit bien ! j'ai cru au départ qu'il s'agissait d'un hommage posthume...

Emmanuel DELMAS 18/10/2013 09:18



En effet, je me rends compte après re-lecture que cela pouvait faire penser à cela ,-(


Mais tout va bien, Manu est en grande forme ! ,)



Baku Nagai 18/10/2013 09:00


 


Rafraichissant et liberateur!: pas besoin d'être parfait malgré l'image très pro et un peu intimidante du sommelier...

Mathieu Delarbre 17/10/2013 23:35


 


 Histoire vraiment sympa! Je pense qu'on a tous des degrés différent de Vrille !