ANECDOTE #3 : LE TOURNANT (2/2)

Publié le par Emmanuel DELMAS

 325e425114a690062b3c64062e046a9d

 

Lors de mon précédent récit, je m'étais arrêté au moment où je me préparais à affronter le directeur de salle du restaurant les Elysées du Vernet en 1995/1996, alors que je n'étais qu'apprenti-sommelier. Vous retrouverez ici le début du récit pour mémoire. 

 

Comme je le pressentais, devoir déclarer à Monsieur Moser que je souhaitais tout abandonner me terrorisait. Je faisais plus qu'appréhender, j'en frissonnais d'avance. Je devais me lancer, puisque j'avais déjà exprimé mes velléités de départ à mon chef sommelier, Thierry Pelven, qui fut abasourdi et qui malgré ses précieux conseils ne m'avait nullement donné le désir de changer d'avis.


UNE DROLE DE COMMANDE

 

serveur.jpeg


Avec appréhension je me dirige vers Monsieur Moser qui m'avait gentiment "envoyé bouler" l'heure précédente. Je m'étais donc préparé à l'affronter...Mais voilà t'y pas, qu'avec son grand sourire (je m'en méfiais toujours moi de son sourire), il me déclarait: " Emmanuel, allez servir, 2 Coca-Cola, 1 verveine et un verre de vin rouge au bar ! Rapidement, ces gens sont pressés". 

Je ne pouvais que balbutier ou plutôt grommeler un "Oui, Monsieur Moser", tout en ronchonnant et bouillonnant de l'intérieur. "C'est pas mon boulot! Y m'prend pour un Charlot, qu'est ce qui fout cette feignasse de barman de mes...! J'en ai marre.......fais ch...! ) voilà à peu près ce à quoi je pensais le temps que je préparais cette commande. Il faut dire aussi que jamais je ne travaillais pour le bar. 

 


 

Alors que je m'étais préparé à affronter monsieur Moser, voilà qu'il m'a complètement désarçonné avec cette commande. Je ne comprenais pas, enfin...après ça, je vais le voir et régler une fois pour toute le problème !

Cocas et tisane, vin rouge au plateau préparés je file au bar tout en grommelant.

 

 

UNE SURPRISE DE TAILLE

 

Etonne.gif

Et là ! Bim bam Boum ! Qui vois-je ? Il faut dire que mes parents sont divorcés depuis bien longtemps déjà. Je vis chez ma man avec ma soeur (lien), et chaque week-end et durant une bonne partie des vacances nous allions chez mon père et Chantal, sa femme d'alors. Ce fut toujours un plaisir d'autant plus que mes petits frères grandissaient bien vite. (ils ont approximativement 10 ans de moins que moi). Ce furent toujours de bons moments passés tous ensemble. Autant dire que je les voyais jamais en semaine, surtout avec le travail qui était le mien. 

Je pose la commande avec le sourire du coup et mon papa me disait qu'ils avaient eu l'idée d'aller au cinéma dans le coin, et de venir me faire un coucou. C'était bien la première fois qu'il passait ainsi, à l'improviste. Le grand hasard de la vie en somme. 

"Comment ça va mon fiston ? La forme, pas trop dur ?" Et patati et patata, les choses habituelles. Vous imaginez bien que je lui ai parlé de mes désirata de départ, de ma discussion avec mon chef sommelier et du fait que je devais parler avec Monsieur Moser. Il semblait un peu éberlué. Je devais m'éclipser et terminer les verres. J'ai toujours aimé nettoyer les verres. Moment de calme. Surtout qu'il y avait toujours le chef Solivérès dans les parages. Moi, il me faisait rire le chef. Gentil et parfois un peu fou...moi il m'appelait Tarzan et je crois pouvoir dire qu'il m'aimait bien. Il m'aimait bien en fait. Je l'ai recroisé régulièrement depuis.

 

Evidemment, alors que je faisais mes verres, je n'imaginais pas ce qui était entrain de se tramer derrière mon dos innocent. Mon papa affolé avait demandé Thierry Pelven afin d'en savoir plus sur ma situation. Puis évidemment, Monsieur Moser s'était mêlé de la partie. Et en douce, en loosedé comme disent les jeunes d'aujourd'hui,  ils avaient décidé de me raisonner. 

Monsieur Moser m'appelle. "Yes, le grand moment! Enfin...". Il me demande de saluer mon père, Chantal et les enfants. Je le fis, puis de revenir le voir après. 

 

TOUT S'ARRANGE ! 

 

Ce qu'il y a de bien avec les grands professionnels, c'est qu'ils savent toujours trouver les bons mots au meilleur moment. Je dis cela, mais je ne me souviens plus du tout de ce qu'il m'avait dit à cet instant précis, mais le résultat était évident. Je suis resté jusque la fin de mon contrat aux Elysées du Vernet, le restaurant avait glané sa seconde étoile Michelin, papa est revenu avec Chantal dîner, j' yai passé de bons moments et de plus difficiles en terme de pression, j'y ai appris tout plein de choses. Monsieur Moser m'a fait un beau cadeau à mon départ, le PSG a gagné sous mes yeux à Bruxelles sa Coupe d'Europe et le lendemain je finissais 4è au Concours Chapoutier 96 du meilleur étudiant sommelier de France après une dure nuit blanche dû à la fête et au retour de Bruxelles à Valence. Voilà ! Des choses que je n'aurai sans doute jamais pu vivre si ce soir-là mon papa n'avait pas eu la bonne idée d'être venu me voir.

 

CE QUE J'EN RETIRE

analyse-copie-2


C'était ce soir-là, hein ! Pas un autre. Non, c'est précisément ce soir-là, à ce moment-là que le hasard a fait qu'il devait venir. 

 

Il y a toujours des signes, ils ne trompent pas. Je crois que depuis je prends souvent le temps de la réflexion, en tentant de capter des moments qui font une vie. Il y en a plusieurs. Des hasards, des signes qu'il ne faut pas négliger, c'est sans doute un peu cela que l'on nomme le destin. Quelque part, ce soir-là j'ai reçu comme un signe. Qu'en penser ? Je en sais pas trop. Juste peut-être que je devais accepter de souffrir davantage et de ne pas craquer trop vite. Que je devais terminer ce que j'avais entrepris. Et que quelque part, là-haut peut-être qu'il y a "quelqu'un" qui veille sur chacun de nous. Voilà, sans doute un des moments-clé de la première vie professionnelle qui aura duré plus de quinze années. Celle qui m'a vu évoluer comme sommelier dans les restaurants. 

 

Emmanuel Delmas    

 

 

newsletterLOGO.gif 

 inscription gratuite

Publié dans Anecdotes, DIVERS, Sommeliers

Commenter cet article

Benjamin 31/10/2012 12:55


Je ne crois plus au hazard. Ma vision est qu'il y a notre conscient, notre inconscient, et ceux des autres. Tout celà, organisé d'une façon qui nous dépasse, provoque les petits et grands moments
de nos vies, qu'ils soient prévus ou non.

laurent2loraine 22/10/2012 22:24


C'est en sommeliant que l'on devient sommelier

Emmanuel DELMAS 22/10/2012 22:25



Je n'y avais pas pensé tiens...;-)